Hilar 2017-05-11T10:40:59+00:00

Project Description

” La folie ne peut se trouver à l’état sauvage. La folie n’existe que dans une société, elle n’existe pas en dehors des formes de sensibilité qui l’isolent et des formes de répulsions qui l’excluent ou la capturent. Ainsi on peut dire qu’au Moyen-Âge, puis à la Renaissance, la folie est présente dans l’horizon social comme un fait esthétique ou quotidien; puis au XVIIème – à partir de l’internement- la folie traverse une période de silence, d’exclusion. Elle a perdu cette fonction de manifestation, de révélation qu’elle avait à l’époque de Shakespeare et de Cervantes (par exemple, lady Macbeth commence à dire la vérité quand elle devient folle), elle devient dérisoire, mensongère. Enfin, le XXe siècle met la main sur la folie, la réduit à un phénomène naturel, lié à la vérité du monde. De cette prise de possession positiviste devaient dériver, d’une part, la philanthropie méprisante que toute psychiatrie manifeste à l’égard du fou, d’autre part, la grande protestation lyrique qu’on trouve dans la poésie depuis Nerval jusqu’à Artaud, et qui est un effort pour redonner à l’expérience de la folie une profondeur et un pouvoir de révélation qui avaient été anéantis par l’internement.

(…)

Le langage ultime de la folie, c’est celui de la raison, mais enveloppé dans le prestige de l’image, limité à l’espace d’apparence qu’elle définit, formant ainsi tous les deux, hors de la totalité des images et de l’universalité du discours, une organisation singulière, abusive, dont la particularité obstinée fait la folie. Celle-ci à vrai dire n’est donc pas tout à fait dans l’image, qui de soi-même n’est ni vraie ni fausse, ni raisonnable ni folle, elle n’est pas non plus dans les raisonnement qui est forme simple, ne révélant rien d’autre que les figures indubitables de la logique. Et pourtant la folie est dans l’un et l’autre. Dans une figure particulière de leur rapport .

Michel Foucault